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Une tempête dans la cuisine

Saviez vous que la cuisson est l’une des principales sources de pollution de l’air chez vous? Chaque fois que vous faites fonctionner la cuisinière, des particules peuvent être libérées dans l’air, ce qui pourrait entraîner des problèmes de santé à long terme. La solution n’est pas d’arrêter complètement de cuisiner et d’aller au restaurant tous les jours! Il suffit plutôt de bien ventiler la pièce pendant la cuisson. Mettez le ventilateur d’extraction de la cuisine en marche dès que vous commencez à cuisiner et laissez-le fonctionner environ 5 à 15 minutes après avoir terminé, ou encore ouvrez une fenêtre, afin d’améliorer la qualité de l’air dans votre domicile.

Pour élaborer ces conseils, des chercheuses de Santé Canada, Liu (Sunny) Sun, M. Sc., et Nina Dobbin, M. Sc., ont mené une étude visant à déterminer si les ventilateurs d’extraction de cuisine réduisaient efficacement les polluants engendrés par la cuisson et pendant combien de temps il fallait les faire fonctionner. « Lorsque nous cuisinons, nous pouvons être exposés à des polluants sous forme de fines particules. Si nous utilisons une cuisinière à gaz, nous sommes aussi exposés à d’autres polluants comme du dioxyde d’azote (NO2) et du monoxyde de carbone (CO) », explique Sunny. Pendant que le gouvernement cherche des façons de réduire l’exposition des Canadiens à des polluants à l’intérieur, cette étude de recherche sur la qualité de l’air fournit les données de base nécessaires pour la prise de décisions fondées sur la science.

Sunny et Nina étaient à la recherche de polluants appelés « fines particules » (PM2,5) et « particules ultrafines » (PUF), qui peuvent s’échapper des cuisinières à gaz et électriques ainsi que des aliments pendant leur cuisson. Vu leur petite taille, ces particules peuvent facilement être inhalées, pénétrer dans les poumons et causer des problèmes de santé. En fait, la cuisson s’est révélée la principale source de particules dans les domiciles où personne ne fume. L’équipe a mis à l’essai trois différents ventilateurs d’extraction de cuisine, à diverses vitesses, dans les maisons jumelles dédiées à la recherche du Centre canadien des technologies résidentielles à Ottawa (Ontario).

« Nous étions surprises de découvrir que c’est pendant l’heure suivant la cuisson, et non pendant la période relativement courte de la cuisson, que se produisent les plus fortes expositions à des polluants, car ceux ci persistent dans l’air longtemps après que vous éteignez la cuisinière », fait remarquer Sunny. C’est généralement à ce moment que les gens sont tous réunis à proximité de la cuisine et plus susceptibles d’inhaler des polluants. « Comme nous sommes habitués aux délicieuses odeurs qui se dégagent pendant la cuisson, nous ne pensons pas qu’il s’agit d’une source de pollution atmosphérique », souligne Sunny. « Il faut prendre l’habitude d’utiliser le ventilateur pendant tout le temps où nous cuisinons, et pas seulement lorsqu’il y a de la fumée ou que des aliments sont en train de brûler. »

À l’heure actuelle, l’efficacité d’un ventilateur est déterminée en fonction du débit de ventilation et de l’intensité du bruit. « Le débit de ventilation est important. Selon nos expériences, faire fonctionner un ventilateur d’extraction à grande vitesse peut réduire l’exposition à des polluants associés à la cuisson d’environ 80 % par rapport aux faibles vitesses », explique Sunny. Cependant, au même débit d’air, le taux d’élimination des polluants peut varier considérablement d’une hotte à l’autre. D’autres facteurs, dont la forme de la hotte et la mesure dans laquelle elle couvre les brûleurs de la cuisinière, influent considérablement sur son efficacité. Si votre hotte ne couvre que partiellement les brûleurs de devant, il pourrait être préférable d’utiliser ceux du fond pour les modes de cuisson qui génèrent plus de polluants, comme lorsque vous faites frire ou sauter des aliments.

Les deux chercheuses travaillent en étroite collaboration avec des experts du Lawrence Berkeley National Laboratory des États Unis afin de tirer profit de leur base de connaissances existante. Les États Unis ont réalisé de nombreux travaux importants dans ce domaine, mais peu d’études ont été menées au Canada. Ce n’est que le début! Un sondage en ligne sur l’utilisation des ventilateurs de cuisine a été mené récemment à l’échelle nationale. « Ce sondage auprès de 4 500 foyers peut nous aider à comprendre quels types de ventilateurs d’extraction de cuisine se trouvent dans les maisons canadiennes et à quelle fréquence ils sont utilisés pendant divers types de cuisson. Grâce à ces renseignements, Santé Canada pourra concevoir de meilleures campagnes pour encourager les gens à bien ventiler la pièce lorsqu’ils cuisinent. » L’analyse des résultats du sondage devrait être terminée d’ici la fin de 2020.

Par la suite, Sunny se penchera sur l’efficacité des ventilateurs de cuisine qui recyclent l’air. Des appareils qui expulsent l’air à l’extérieur, comme ceux que Sunny et Nina ont soumis à des essais, sont exigés par la plupart des codes du bâtiment pour les nouvelles habitations parce qu’ils sont les plus efficaces pour éliminer les polluants de l’air à l’intérieur du domicile. Cependant, on trouve encore des ventilateurs de recirculation dans certaines maisons ou certains appartements plus vieux. Rien ne prouve qu’ils éliminent efficacement les polluants générés par la cuisson. D’après nous, ils sont moins efficaces, mais nous n’en sommes pas certaines », déclare Sunny. Les résultats de cette recherche sur l’air intérieur serviront à élaborer des politiques gouvernementales, à mettre en œuvre des mesures d’atténuation, à prendre des décisions et à recenser les pratiques exemplaires.

Surtout en cette période où les Canadiens font la popote plus que jamais tout en pratiquant la distanciation physique, n’oublions pas d’allumer nos ventilateurs pour que nos domiciles soient aussi sains que possible!


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